Régis de Castelnau over het Strafhof in Den Haag
De advocaat Régis de Castelnau stelde ik hier eerder voor. In een recente uitzending met hem kwamen de Rohingya aan bod, en de rol die het Internationaal Strafhof in Den Haag voor zich weggelegd ziet na de klacht van Gambia tegen Myanmar. Gambia, dat zich sinds enkele jaren een islamitische republiek noemt, is het kleinste land van Afrika en het verwacht veel van de rijke islamitische staten.
Nog meer dan de Rohingya is de instrumentalisering van genoemd strafhof onderwerp van de beschouwing van Castelnau. Het is een aanvulling op wat je in kranten leest over deze kwestie, en ook op wat recent nog in Doorbraak te lezen stond.
Ik heb zijn tekst integraal getranscribeerd en vertaald, maar wie geïnteresseerd is kan voor vijf euro per maand hem vaak zien op de site van RÉACnROLL. Ik hoop trouwens dat ze daar geen bezwaar hebben tegen mijn publicatie hier, en dat ze het als een bewezen dienst beschouwen, die hen ook buiten het Franse taalgebied misschien enige bekendheid kan bezorgen.
Een aantal landen ging akkoord om een rechtbank op te richten, samengesteld uit magistraten van de landen die ondertekenden, en die de bevoegdheid zou hebben om over bepaalde types van strafbare feiten te oordelen: die inbreuken die – met een bizarre interpretatie van het subsidiariteitsprincipe – onder de vergrijpen van Neurenberg ressorteren: misdaden tegen de menselijkheid, oorlogsmisdaden enzovoort. Het opzet was dus te vermijden dat dictators, krijgsheren enzovoort tot afschuwelijke gewelddaden zouden overgaan, en dat ze naderhand konden veroordeeld worden. Dat brengt vanzelfsprekend een soevereiniteitsverlies mee maar, laten we zeggen, bijna van dezelfde aard als dat van de vier winnaars van de Tweede Wereldoorlog op het moment dat zij de statuten van het Neurenbergtribunaal goedkeurden.Dat geeft aan dat de zaak geïnstrumentaliseerd werd: westerlingen zijn tussengekomen in Ivoorkust, hebben hun mannetje geïnstalleerd, en men zei dat Gbagbo – over wie ik verder niets speciaals denk ...ik meen dat hij met zijn vrouw Simone een koppel van dictators vormde – maar dat neemt alweer niet weg dat, eenmaal hij was afgeleverd en verschenen voor het Hof van Justitie, na enkele jaren procederen – de kerel was wel in hechtenis genomen – de zaak uitmondde op vrijspraak.
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* Een hoop landen deed dat niet, Rusland, China enzovoort.
Il y a un certain nombre de pays qui se sont mis d’accord pour que soit faite une instance composée de magistrats issus des pays qui ont signé et qui soit …qui ait des compétences pour juger certains types d’infractions : ceux qui relèvent – le principe de subsidiarité bizarrement adapté – ceux qui relèvent des infractions de Nuremberg. Crimes contre l’humanité, crimes de guerre etcétéra. Donc l’idée était d’éviter que des dictateurs, des seigneurs de guerre etcétéra se livrent à d’abominables exactions et puissent être jugés par la suite. Alors, bien évidemment c’est un abandon de souveraineté, mais – on va dire presque de même nature que celui qui avait été fait par les vainqueurs, les quatre vainqueurs de la deuxième guerre mondiale au moment de l’adoption des statuts du Tribunal de Nuremberg. Donc voilà, comme par hasard les États-Unis n’ont pas signé les traitées correspondants, et donc refusent que leurs nationaux puissent être poursuivis devant cette juridiction.
Alors, le problème c’est que d’abord ça n’est pas une juridiction universelle, c’est la première objection, c’est-à-dire que elle n’a pas une compétence pour l’ensemble des cent quatre-vingt-dix pays qui ont un statut officiel à l’ONU. Deuxièmement, et là c’est plus géopolitique, c’est quand même l’outil d’une forme d’impérialisme, heu, économique, politique et moral européen. C’est-à-dire que c’est là que va se décider comment les normes doivent être appliquées. Alors c’est vrai : on a des références historiques, mais on a essayé effectivement de mettre tout ça au service d’une vision européocentrée, ou occidentalocentrée pour mettre ça en œuvre.
Dans l’affaire de la Birmanie c’est, je veux dire cousu de fils blancs – ma mère aurait dit de câbles transatlantiques, vu la taille – c’est que heu …j’arriverai jamais à prononcer son nom [Aung San Suu Kyi] …l’ex prix Nobel qui est aujourd’hui premier ministre de Birmanie, dont on dit qu’elle va être poursuivie devant la CPI, à cause de ce qui se passe avec les Rohingyas. C’est manifestement une opération téléguidée par le monde arabe. C’est une évidence, hein, j’ai essayé de me renseigner un peu, déjà depuis un moment sur ce que c’est que cette histoire. Faut pas oublier que les Rohingyas sont des gens qui se sont installés en Birmanie, hein, en exil de ce que c’est devenu le Bangladesh, qui a été le Pakistan oriental un moment, et qui est un des fruits de la partition de l’Inde à la fin des années quarante. Quand les Anglais dominaient ce pays, c’est eux qui les ont poussés vers l’exil, c’est eux qui ont créé une césure – bon, ils l’ont fait à pas mal d’endroits, hein, ou les Belges au Ruanda et au Burundi – à faire des, comment dire, à exciter des antagonismes. Donc vous avez une forte communauté musulmane, issue relativement récemment du Bangladesh, qui s’est installée en Birmanie.Depuis que, je veux dire l’islam politique a pris du poil de la bête, depuis que les… je veux dire le terrorisme islamiste a pris une importance planétaire considérable, quand on voit les additions qui ont été récemment faites, les Birmans ont eu énormément de problèmes avec cette communauté. C’est-à-dire : qui refuse effectivement la cohabitation, au moment du ramadan il y a eu des attaques, avec des bilans extrêmement lourds, des élevages de porcs ont été attaqués, pour ne prendre que cet exemple-là, et il y a eu énormément de problèmes …quasiment de bord de guerre civile, qui ont existé.
Les Birmans ont réagi. Ils ont réagi, je dirais officiellement par le biais de leurs institutions. Ce ne sont pas des institutions extrêmement démocratiques, hein – on sait très bien que ça a été une dictature militaire pendant très longtemps – mais c’était aussi pour éviter, pour amortir ce qui ressemblait à une guerre confessionnelle.
Alors les bouddhistes sont sûrement capables d’être très violents eux aussi, il n’y a pas de raison, mais il n’empêche quand même que c’est pas, je veux dire fondamental chez eux que une violence qui s’exprime aussi facilement. Donc, il y a une répression et la volonté, la volonté – alors on va qualifier ça d’épuration ethnique, mais la volonté que la plupart des Rohingyas dont beaucoup sont installés depuis très peu de temps – quand je dis c’est relativement récent, c’est la domination britannique, mais maintenant c’est plutôt d’autres facteurs qui ont amené cette …ces migrations et l’arrivée de Rohingyas, musulmans, très nombreux.
Donc, tout d’un coup, alors que c’est assez savoureux hein, une personne qui a été portée au pinacle, qui est devenue prix Nobel parce que il y avait des enjeux géostratégiques et géopolitiques qui arrangeaient, donc un peu comme à l’époque Lech Walesa, le héros de la libération puis on s’est aperçu après qu’on avait à faire à un réactionnaire vaguement antisémite, ultra, ultra catholique. Aujourd’hui il serait, il vivrait en France, il se retrouverait sur le banc des accusés avec monseigneur Barbarin – bon, je ne dis pas que Barbarin est antisémite, loin de moi cette pensée.
Donc, là on se retrouve avec un premier ministre d'un pays qui s’est démocratisé, mais maintenant bon, eh bien, les grands intérêts musulmans ont envie de mettre l’accent sur cette affaire, moins pour protéger les Rohingyas je pense, que pour mettre en avant la notion d’islamophobie etcétéra.
Alors on voit la même chose en ce qui concerne les Ouigours en Chine, sauf que, bon, les Chinois ont une autre puissance hein! J’ai vu que c’était assez contradictoire, hein. Il y a un certain nombre de pays musulmans qui soutiennent les Chinois et qui disent : faut pas eux, faut pas les embêter, alors que je pense que les méthodes utilisées ne sont pas d’une tendresse extraordinaire, hein. C’est-à-dire qu’ils ont considéré qu’il fallait surtout pas qu’une partie de leur pays qui est quand même frontalière avec d’autres pays musulmans puissent leur poser des problèmes, heu des problèmes de cette nature.
Donc il y a, en Occident hein, des polémiques autour de ce qui se passe en Chine, mais curieusement beaucoup moins fortes que celles qui concernent la Birmanie.
Alors, j’ai donné ce détail parce qu’on voit comment ça peut être utilisé. Je rappelle quand même que Milosevic, il est décédé prisonnier mais que post mortem il a été blanchi. Je rappelle que Gbagbo, l’ivoirien, qui a été poursuivi etcétéra, a été acquitté quand même. C’est-à-dire que ça a été utilisé : des occidentaux sont intervenu en Côte d’Ivoire, ont installé un homme à eux, hein, on a dit que Gbagbo – sur lequel j’ai pas d’opinion particulière je pense qu’avec sa femme Simone, je pense que c’était un couple de dictateurs – mais il n’empêche quand même que une fois qu’il a été débarqué, qu’il a été présenté à la Cour de Justice, au bout de quelques années de procédure – le gars étant quand même détenu – ça a débouché sur une décision d’acquittement.
Donc, c’est un outil qui sur le principe, dans l’affiliation de Nuremberg, est quelque chose de peut-être positif, dans l’utilisation et dans un mode de fonctionnement qui – finalement les Etats-Unis, un grand état-nation territorial, en sont un bon exemple – ne permettra pas véritablement une prévention parce que l’idéal était: s’il y a une justice internationale comme ça, ça va arrêter les dictateurs parce qu’on pourra toujours les rechercher.
On sait ce qu’en était, ce que ça a donné avec Pinochet, qui avait été un peu retenu en Grand Bretagne, et qui a eu quelques visites de madame Thatcher à l’époque, et donc il est mort dans son lit hein, et sa famille a conservé l’argent qu’il avait volé.
Donc, je ne sais pas si ça a un grand intérêt, et je pense que cette histoire de Birmanie va un peu plus disqualifier cette justice, qui avait porté des espoirs il y a dix ans, quinze ans – il y a eu l’affaire de la Yougoslavie, quelques criminels incontestables ont été condamnés – mais aujourd’hui je pense que les objectifs n’ont pas été atteints, et que, compte tenu du souverainisme que l’on constate, par exemple en Europe, cette institution n’est pas appelée à un très grand avenir.


